L'Immobilier et le Foncier

Les transformations dans le domaine de la monnaie, du capital et du travail en Économie à Valeurs Humaines auraient des conséquences à plusieurs niveaux. En particulier, on verra apparaître le financement de l'économie non-marchande par une troisième circulation monétaire que nous avons appelé la monnaie de don.

Celui qui portera un regard attentif sur cette approche nouvelle, même s'il l'approuve, ne manquera pas de constater qu'il manque une partie du financement nécessaire à l'économie non-marchande. Quelque soit la clé de répartition que l'on choisisse, la quantité de monnaie dégagée par l'économie marchande sera insuffisante pour alimenter le développement de l'économie non-marchande. A moins d'apporter les transformations indispensables dans le domaine de l'immobilier et du foncier.

Nous abordons là une question vitale pour la santé d'une Économie à Valeurs Humaines. Mais elle rencontrera, sans doutes, les plus fortes résistances, car elle ne touche pas uniquement les riches, ceux que l'on appelle les nantis, mais toute personne qui possède des terres ou un logement.

Car il s'agira de regarder ce qui se passe dans l'économie lorsqu'un bien a déjà été payé intégralement et que l'on continue d'en demander un prix. C'est la situation dans laquelle nous sommes avec l'immobilier.

Des logements qui sont loués, alors qu'ils ont été amortis continuent de peser sur l'ensemble de l'économie. Ceux qui y résident ont besoin d'un salaire qui, d'une façon ou d'une autre, inclue le loyer à payer. C'est donc l'ensemble de l'économie qui finance les logements loués, alors qu'ils ont peut-être été amortis deux, trois ou quatre fois. De l'argent est ainsi soutiré de la sphère économique sans qu'il y ait une prestation qui y corresponde. Ce n'est pas le cas lors du premier paiement du logement. Là il s'agit d'un acte d'économie réelle: de l'argent vient en règlement d'une création de valeurs économique faite par les artisans qui ont construit le logement.

Une pensée qui suit les phénomènes d'économie réelle jusque dans leurs conséquences finales ne manquera pas de conclure qu'avec l'immobilier, on quitte souvent cette sphère pour entrer dans celle de l'économie spéculative. Notons qu'il en va de même pour le foncier.

Nous mettons ainsi en évidence que la notion de loyer devrait être remplacée par celle de droit d'usage, lequel sera alors inférieur au montant des loyers actuels et couvrira les frais réels du logement, par exemple son entretien et sa rénovation. Ces frais sont intégralement partie de l'économie réelle, puisque des entreprises fourniront des prestations pour cette rénovation.

Ainsi, la part des salaires qui sert à payer les loyers pourra diminuer en proportion. Sur l'ensemble d'un pays, une telle mesure fera baisser considérablement ce que l'on appelle, aujourd'hui, la masse salariale, sans que le niveau de vie de chacun diminue, sauf celui de ceux qui tirent leurs revenus de la location de logements. L'argent qui sera ainsi dégagé, fournira le complément nécessaire au financement de l'économie non-marchande.

En Économie à Valeurs Humaines, il n'est pas possible de ne considérer qu'un aspect. La pensée doit peu à peu devenir capable d'englober l'ensemble. En particulier, elle doit pouvoir prendre en considération, simultanément, les quatre aspects de la croix de l'économie.