La Monnaie

En premier lieu, nous devons jeter les bases d'un système monétaire entièrement au service de l'économie réelle. Pour être saine, la monnaie doit perdre son caractère de marchandise et devenir seulement instrument de mesure de l'échange. Nous faisons alors la distinction entre la monnaie de consommation et la monnaie de financement. Chacune d'elle devrait circuler dans des circuits séparés. Concrètement, deux types d'établissements gèreraient ces circuits. Les banques s'occuperaient de la seule monnaie de consommation. Les instituts de financement traiteraient tout ce qui a affaire avec la monnaie de financement.

Le passage entre ces deux circuits serait strictement réglementé. L'argent d'épargne perdrait de sa valeur chaque année. Et il serait prélevé un droit de passage lorsque de la monnaie d'épargne reviendrait sur un compte de consommation. L'argent provenant de la perte de valeur et de ce droit de passage irait alimenter un troisième circuit monétaire: la monnaie de don décrite à la rubrique Capital.

Nous aurons ainsi une monnaie de consommation qui sera le reflet exact des échanges de marchandises et de service; donc une monnaie parfaitement stable, ce qui aura une influence sur la façon d'envisager les notions de balance des paiements et de devises, c'est-à-dire la question des échanges économiques entre les pays et leur contrepartie monétaire. Aujourd'hui, les flux de monnaie de consommation et de monnaie de financement se mélangent également dans les transactions entre pays. Or ceci contribue fortement à l'instabilité des monnaies et permet de spéculer sur leur cours. Une Économie à Valeurs Humaines aura à cœur d'instaurer des mécanismes qui empêchent cette spéculation. Le premier pas consistera à rendre étanche la circulation entre les deux circuits. Le deuxième aura pour effet de rendre inutile la circulation, entre les pays, de la monnaie de financement.

 

Circulation des monnaies de consommation et d'investissements

 

La monnaie de financement

Avec la monnaie de financement, nous touchons à un point essentiel qui permet à tout le système financier actuel de justifier son existence et donc de perdurer. En effet, nous vivons avec l'idée que, pour trouver des fonds, une entreprise doit se tourner vers un particulier ou une institution qui en possède déjà et qui accepte de les prêter ou de les investir.

Ainsi le financement des entreprises serait éternellement dépendant de cet argent qui a été accumulé dans le passé. Sans lui, aucune action future ne pourrait s'engager. Or ceci est déjà démenti par la pratique bancaire courante. En effet, en moyenne, une banque ne possède, sous forme de fonds propres, que 8% de tout ce qu'elle prête. C'est ce que l'on appelle le ratio McDonough. Autrement dit, la banque possède 1/12ème. Le reste elle le crée par un simple jeu d'écritures comptables. Nombreux sont ceux qui croient que ces 11/12ème sont de la monnaie virtuelle. Mais ceci n'est pas conforme à la réalité économique. Car ce qui a été ainsi créé repose sur un élément qui va devenir réel: l'activité de l'entreprise rendue possible par le prêt. Celle-ci générera les fonds qui permettront de rembourser le prêt et ainsi de détruire la monnaie qui avait été créée. C'est cette activité qui confère sa valeur au prêt et donc à la monnaie créée. Si elle ne se réalise pas comme prévu, le prêt ne sera pas remboursé. Le 1/12ème de fonds propres de la banque n'y changera rien. La crise des subprime a justement illustré ce fait.

Il faudra bien que l'on se rende à l'évidence que les 8% de fonds propres ne donnent aucune valeur à la monnaie créée par le prêt. Ce qui lui en donne, c'est la capacité de l'emprunteur à générer de l'activité qui lui permettra de rembourser. En définitive, ce sur quoi est adossé un prêt n'a rien à voir avec des fonds propres préexistant. Il est basé sur la capacité du banquier à évaluer la faisabilité du projet qui lui est présenté et qui fait l'objet de la demande de prêt. Lorsque cette capacité fait défaut chez le banquier, comme dans le cas des subprime, la banque peut être mise en faillite malgré les 8% de fonds propres.

Ceci est la plus importante leçon que l'on puisse tirer de la crise économique déclenchée par des prêt inconsidérés dans l'immobilier. Elle devrait nous permettre de voir qu'un nouveau type de financement est possible qui n'a pas besoin de s'adosser sur le passé. Au contraire, il tire sa valeur de ce qui sera créé, grâce à lui, par des activités futures.

Nous pouvons alors envisager des instituts de financement n'ayant plus besoin de fonds accumulés. Autrement dit, dans une Économie à Valeurs Humaines, l'épargne et le stockage de la monnaie devraient devenir inopérants. Il est donc essentiel de créer les instruments qui permettent de se passer de la capitalisation de la monnaie.

Si l'on prend la mesure de ce qui est dit ici, on réalisera que les deux types de monnaie, celle de consommation et celle d'investissement ne sont pas des marchandises mais qu'elles peuvent devenir des instruments de mesure de l'activité humaine, dans le domaine de la production et de l'échange.

Si l'on enlève à ces monnaies la possibilité de s'accumuler en un endroit quelconque du circuit économique, alors on supprime le facteur de chaos le plus important.

Cette approche des deux monnaies montre également que les institutions chargées de les gérer, banques et instituts de financement, ne peuvent être contrôlées par des intérêts privés. La conception même de ces monnaies montre que nous avons affaire à ce qui relève du service public. Une conception saine de la monnaie ne peut conduire qu'à la notion d'un service d'intérêt général, un service public.

Mais le fait de présenter la chose ainsi pourrait faire croire à une forme de nationalisation des banques de second rang et de la banque centrale. Or il ne s'agit pas de cela. Si nous changeons notre façon de concevoir la monnaie, nous ne pouvons éviter de transformer également notre façon de penser l'État et donc la démocratie. Les institutions financières dont nous parlons devraient s'inscrire dans une nouvelle forme de service public telle que la propose la Démocratie Évolutive. Voir à ce sujet la rubrique Services publics Citoyens.